mardi 25 juillet 2017

L'échec mémorable du Parti Socialiste aux législatives de 2017

Laurent Lafaye, candidat battu, 1er secrétaire fédéral du P.S. de la Haute-Vienne, vice-président du Conseil départemental
(c) Le populaire du Centre
 
 
La Haute-Vienne - de même que Limoges - n'est plus une "terre socialiste". Les trois circonscriptions, jusqu'alors tenues par Catherine Beaubatie (depuis l'éviction de Monique Boulestin en 2012), Alain Rodet et Daniel Boisserie, ont été perdues lors des élections législatives de 2017. Y compris donc dans la circonscription d'Alain Rodet, réputée "imperdable", où se présentait Laurent Lafaye, candidat malheureux aux précédentes sénatoriales. Vice-président du Conseil départemental il est toujours, à ce jour, à la tête du P.S. haut-viennois. 
En parcourant les archives de ce blog, on lira des articles commentant la décrépitude progressive et annoncée du P.S. local (y compris notre billet précédent sur les apparatchiks), dont la première et retentissante défaite a été celle des municipales à Limoges. Nous n'y reviendrons pas pour expliquer la défaite aux législatives, mais il faut les garder en mémoire. De même le livre de Robert Savy, Le crépuscule des socialistes, chez Geste Editions, qui portait un titre prophétique. Pourtant, tout le bilan socialiste à Limoges, en Haute-Vienne, en Limousin, n'était pas à jeter, loin de là! Ce sont sans doute les pratiques qui ont d'abord été sanctionnées.
Si les perdants ont pris pour "excuse" la déferlante "En marche" pour expliquer leur cuisant échec, cela ne saurait suffire car des éléments locaux et nationaux sont intervenus. Il est évident que la calamiteuse présidence de François Hollande, sa déplorable communication, la politique mise en oeuvre par son gouvernement et soutenue par la majorité des députés sortants, a grandement contribué au tsunami macronien. Beaucoup d'élus socialistes limousins, semble-t-il, n'ont pas saisi combien la population était loin d'être enchantée par la réforme territoriale imposée par surprise, non annoncée lors de la campagne présidentielle, et si mal préparée (le Limousin passant du Centre à l'Aquitaine en peu de temps...). Elle est toujours impopulaire auprès de ceux qui commencent à en comprendre les effets néfastes. De même que les errements calamiteux concernant le train, la dégradation de la ligne historique Paris-Limoges-Toulouse (Limoges-Bénédictins va-t-elle se transformer en musée dans un jour prochain?), au profit de projets plus qu'incertains d'une L.G.V. inutile entre Limoges et Poitiers, fantasme mollement défendu par Hollande et définitivement remisé par l'actuel président. Il est vraisemblable que la modification des rythmes scolaires aura joué un rôle et, plus encore, l'inepte réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem (battue elle-même aux législatives) qui aura vraisemblablement privé le P.S. d'une part non négligeable de son électorat enseignant traditionnel. Bien entendu, la politique sociale-libérale menée en particulier par Hollande-Valls-Macron plutôt que l'aide aux plus fragiles attendue d'un exécutif "de gauche", la volonté d'imposer la "loi travail" et l'idée de la déchéance de la nationalité, ont entraîné le rejet que l'on sait, parfois violent. Néanmoins, tous les "grands élus" socialistes de la Haute-Vienne ont soutenu la candidature de Manuel Valls aux primaires. Or, c'est Hamon qui a gagné, dans le département, comme nationalement. En février 2017, Laurent Lafaye répondait aux questions de Françoise Pain, de France Bleu Limousin; par exemple à celle-ci: "Mais comment défendre l'abrogation de la loi travail alors que vous l'avez soutenue ? Je ne vais pas tomber dans la schizophrénie ! J'assume toujours. Je n'oublie pas et Benoît Hamon non plus n'oublie pas que dans la loi travail, il y a aussi des avancées, comme la garantie jeunes, et je pense qu'il en tiendra compte." Pourtant, il y avait bien un peu de schizophrénie. Et lorsque le responsable du P.S. déclarait, à propos de François Fillon, qu'il éprouvait à son égard "le sentiment d'une déconnexion (...) C'est révélateur de la distance qu'il y a entre certains politiques et la population", il ne semblait pas se rendre compte lui-même, comme les socialistes en général, y compris le président de la République qui avait quand-même été empêché de se représenter (!), que les Français, dans les usines, les bureaux, les salles des professeurs, sur les marchés, reprochaient la même chose à tous les partis politiques traditionnels, en particulier au Parti Socialiste (qui a perdu son nom jusqu'à l'Assemblée Nationale!). Déconnexion totale, en effet! 
On a eu l'impression, pendant cinq ans, que François Hollande et le P.S. naviguaient "à vue"; comme si, pendant les longues années passées dans l'opposition n'avaient pas servi à préparer un projet, mais uniquement ces fameuses "synthèses" mixant un peu tout et n'importe quoi, au gré des écuries de tel ou tel. Une pauvreté intellectuelle, en quelque sorte. Lorsque l'on va sur le site du P.S. de la Haute-Vienne, on ne trouve en page d'accueil qu'un billet du 15 mai annonçant les réunions publiques des candidats, mais aucun "bilan", deux mois après, de l'élection. De même lorsque l'on clique sur "Les publications" dans la "Tribune du premier secrétaire", on ne trouve que deux billets de 2013, dont un intitulé "Mobilisons-nous pour l'enquête publique LGV". Lorsque l'on suit ce lien, on obtient: "Erreur 404 La page que vous recherchiez n'existe pas"... Quant au dernier numéro de L'espoir en ligne, c'est celui de décembre 2016, où l'on pouvait lire notamment: "A l’image du gouvernement, nos parlementaires Haut-Viennois ont su porter des réformes de progrès tout en faisant remonter les problématiques locales grâce à une action de proximité auprès des citoyens de leur circonscription. Oui la gauche au pouvoir a réalisé de grandes réformes, adaptées à la réalité du pays et en adéquation avec son idéal." Il semble bien que les électeurs n'aient pas été convaincus. 
Alors, quel avenir pour ce parti, dont les quelques députés élus ont abandonné le mot socialiste pour se transformer en "nouvelle gauche"? Sans doute serait-il souhaitable qu'une prise de conscience ait lieu et qu'elle soit exprimée, une auto-critique, si l'on veut. Sans doute faudrait-il qu'un profond renouvellement ait lieu, des responsables et des idées. Le groupe Nouvelle Gauche a déclaré: "Attachés à reconstruire une alternative, c'est-à-dire une capacité à assumer demain la responsabilité de l'Etat, les députés du groupe Nouvelle Gauche  participeront activement à l'indispensable réinvention de la gauche. En ce sens, toutes les propositions, tous les amendements du groupe porteront la double marque de la crédibilité et de la volonté maintenue de transformer durablement notre société." Quant à la direction collégiale du P.S., dont Hamon est parti, elle déclare s’atteler à établir une « feuille de route de la rénovation » qu’elle devrait présenter à la fin août, avant de la soumettre  au vote des militants. Le tout avant l’organisation d’un congrès, prévu pour le début de l’année 2018. Mais repartir sur les mêmes pratiques, les mêmes jeux d'appareils locaux et nationaux serait mortel. Il faudrait ouvrir les fenêtres en grand pour changer d'air. Pas certain que cela se fasse sans résistances, ici comme ailleurs. La rénovation complète est pourtant le gage de la reconquête, surtout qu'en Limousin comme nationalement, le P.S. est face à la France Insoumise qui incarne aujourd'hui - quoi que l'on pense d'elle - une gauche combattive, au macronisme (qu'il a réchauffé en son sein au gouvernement), aux Républicains et au Front National, qui progresse et devient même électarelement dangereux dans l'ex-capitale régionale limousine.

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