vendredi 2 décembre 2016

Après la victoire de François Fillon et l'empêchement de François Hollande, quelles législatives en Haute-Vienne pour le P.S.?

81 ans après 1936, une "une" plutôt improbable en 2017...



Dans un contexte national très difficile pour la gauche, après le renoncement - ou l'empêchement - de François Hollande qu'ils avaient soutenu lors des précédentes primaires du Parti Socialiste, et face au mécontentement d'une très large partie de la population à propos de la politique menée par le président, son premier ministre Manuel Valls et leur majorité à l'Assemblée Nationale, les militants socialistes ont donc choisi leurs candidats pour les pénibles élections législatives à venir, du moins sur le plan national. Si l'on en croit la Fédération de la Haute-Vienne, le taux de participation aurait été (n'aurait été que?) de 52% dans les 90 sections du département. C'est donc juste un peu plus de la moitié.




Les candidats vont devoir faire campagne sur un projet plus que sur un bilan, dans un contexte politique de grande déception des électeurs par rapport aux socialistes - en tout cas ceux qui ont soutenu le gouvernement -, rétifs à l'image qu'a donné leur parti et son chef, Jean-Christophe Cambadélis, le chantre de la langue de bois. Une campagne au moment où le P.S. est très affaibli par ses divisions, comme le montre le nombre de candidatures aux primaires - de quoi, déjà? La belle alliance populaire? Un nom bien mal choisi, quand il n'y a d'alliance et de populaire que les noms. Le P.S. est divisé, la gauche est divisée - 81 ans après, c'est le scénario inverse à celui du Front Populaire qui se profile et qui doit faire se retourner Léon Blum dans sa tombe. Et, même si les récentes élections américaines et les primaires de la droite ont souligné combien les commentateurs politiques doivent être prudents, le pronostic le plus probable au moment où j'écris ces lignes est celui d'une double défaite: aux élections présidentielles, aux élections législatives. Un duel Fillon - Le Pen semble plutôt probable, et le mécontentement vis-à-vis des vieilles pratiques d'appareil(s), les promesses non tenues, les mauvaises réformes ou mal faites, l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat et de la fonction présidentielle (en particulier avec les deux derniers présidents), les souffrances du peuple, toujours laissé sur le bord de la route (y compris à l'Ecole, qui ne corrige toujours pas les inégalités), pourrait même laisser envisager le pire. Dès lors, les candidats aux législatives, sur le plan national, auront bien du mal: soit les électeurs voudront donner au nouveau président (ou à la nouvelle présidente) les moyens de sa politique - comme ils avaient cru le faire en 2012, avec ce moment où la gauche aurait pu faire de grandes choses avec le gouvernement, le sénat et l'assemblée -, soit ils voudront "limiter les risques" d'avoir un gouvernement libéral et conservateur, ou pire.
Pour l'instant, on ignore la stratégie à venir et le programme des candidats socialistes. Ils dépendront sans doute aussi de celui - il n'y a plus de femme candidate au moment où j'écris ces lignes! - qui sortira vainqueur des primaires. On imagine, comme je l'écrivais plus haut, qu'il faudra se désolidariser du bilan hollandais, même si l'histoire pourrait montrer qu'il n'était pas si catastrophique que cela. De nombreux candidats vont-ils s'affubler d'une casquette toute neuve de "frondeur"? Vont-ils assumer la loi Macron, la loi travail, les 49.3, les aides sans contreparties aux entreprises, la réforme territoriale improvisée et inattendue, la réforme du collège si mal vécue par les enseignants, etc. ? 

Des trois candidats aux législatives en Haute-Vienne, il sera plus difficile pour Catherine Beaubatie, candidate à sa réélection, de se démarquer du bilan législatif. Sa stratégie consistera même peut-être à le revendiquer.



En 2012, dans un contexte politique différent, Catherine Beaubatie avait obtenu au deuxième tour, dans la troisième circonscription, après une primaire à gauche imposée à la députée sortante Monique Boulestin, 58,12% des voix face à Jean-Marc Gabouty, PRV, 41,88%. Une victoire sans appel, donc.

Mais ces élections législatives sont aussi celles d'un tournant: celui du départ de deux "grands fauves" - chacun à sa manière... Daniel Boisserie, député-maire de Saint-Yrieix-la-Perche, élu parlementaire depuis 1997, qui laisse sa place à sa suppléante Annick Morizio dans la deuxième circonscription. Notons qu'à l'occasion des dernières élections municipales, aucune liste ne fut en mesure de se constituer contre lui, une situation montrant que sa mandature était plutôt appréciée. Annick Morizio, membre du Conseil fédéral du P.S., est vice-présidente du Conseil départemental de la Haute-Vienne aux côtés de Jean-Claude Leblois. Diététicienne, née en 1959, mère de deux enfants, elle est la petite nièce d'Adrien Dugény, maire de Condat-sur-Vienne durant 30 ans. Mais en 2014, elle a justement  échoué à prendre cette mairie à Bruno Genest (divers gauche). 


Après avoir laissé planer le doute, Alain Rodet, défait aux dernières élections municipales de Limoges (après 102 ans de socialisme), a renoncé à une nouvelle candidature sur la 1ère circonscription (Limoges-Saint-Léonard) après huit mandats successifs - le même nombre que François Fillon! Il laisse sa place en or (une circonscription imperdable?) à Laurent Lafaye, premier secrétaire de la Fédération depuis 2008, dont la défaite aux sénatoriales a permis la victoire de Jean-Marc Gabouty, UDI - sa suppléante est Monique Boulestin (cette alliance recréant si l'on veut l'ancien radicalisme qui porta les grandes lois républicaines). Laurent Lafaye qui, comme ses deux autres camarades, ne s'est vu confronté à aucune primaire, est professeur d'histoire et géographie à temps partiel en collège, marié et père d'un enfant, 2ème vice-président du Conseil départemental (canton de Panazol), ancien animateur fédéral du MJS en Haute-Vienne. En 2015, lorsqu'il semblait évident que Jean-Claude Leblois, qui avait mené la campagne victorieuse du P.S. pour les élections départementales, devait être le candidat à la présidence du Conseil, Laurent Lafaye se présenta face à lui. Ce sont donc les militants qui tranchèrent, dans une ambiance assez tendue, Jean-Claude Leblois ne devançant le premier secrétaire que de... 5 voix, si l'on en croit le site de France 3 Limousin. Deux candidats sur trois étant vice-présidents du Conseil départemental, on imagine par ailleurs que nombre d'élus municipaux et départementaux soutiendront leurs candidatures auprès de leurs propres électeurs.  

Bien entendu, la campagne ne fait que commencer. En dehors de l'incertain contexte national, elle va aussi largement dépendre des autres candidats qui se présenteront dans chaque circonscription face aux candidats socialistes. Nous y reviendrons.


 

 

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