mardi 16 août 2016

Il faut rétablir un service national universel, militaire et civique, de 10 mois…



Une réforme nécessaire qui redevient d’actualité mais devrait être complétée par celle de la vie politique française, par une nécessaire réflexion sur les valeurs de la République – non réduites à la question de « l’identité »  –, en particulier celle de l’égalité.

            La question redevient d’actualité, notamment suite aux menaces qui planent sur la France, et face au communautarisme inquiétant qui gagne dans le pays. Jacques Chirac n’avait pas eu la volonté ou le courage de réformer cette institution qui semblait arrivée en bout de course, en particulier en raison des inégalités (modalités d’appel, de sursis, d’affectation, etc.). Le service national a donc été supprimé et ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande ne l’ont rétabli. Plusieurs générations – en vingt ans – n’ont donc pas vécu ce temps contraint mais qui, malgré tout, permettait, bon an mal an, de recevoir une formation, militaire certes, mais aussi, pour certains, scolaire, aux premiers secours ou à la conduite ; d’acquérir une certaine discipline de vie, d’éprouver ses capacités et ses limites ; et de vivre en communauté, plus ou moins brassée socialement. Ainsi, étudiant en histoire sursitaire issu de la classe moyenne, ai-je côtoyé, durant mon service d’un an, des analphabètes et des jeunes en grande difficulté sociale. Une bonne façon de sortir de « l’entre-soi ».
            Aujourd’hui, le service civique concerne une infime partie de la jeunesse, sur la base du volontariat. Nombre d’étudiants qui choisissent de le faire le conçoivent plus comme une sorte de stage que comme un véritable engagement citoyen.
            Aujourd’hui, l’Ecole de la République, malmenée pour diverses raisons, ni refondée par la droite, ni par la gauche, malgré les promesses des uns et des autres, ne semble  capable de transmettre efficacement les valeurs républicaines – malgré les efforts des enseignants –, puisque, privée des moyens dont elle aurait besoin, elle reproduit, particulièrement au collège, les inégalités sociales. Face aux difficultés et aux communautarismes qui gagnent du terrain, l’institution propose moins de contenus et plus de « bienveillance ». Quant à la « culture de l’effort », au respect du « maître » et des autres, ils seraient passés de mode… et au lieu de sanctuariser les établissements scolaires de l’omniprésence (et potence) des « réseaux sociaux », la priorité est au numérique. Ceux qui connaissent un tant soit peu l’enseignement savent que tous les efforts, depuis plusieurs années – décennies ? – auraient dû être faits à l’école primaire et dans l’apprentissage sans concession de la langue française, à la base de tout le reste, en particulier d’une culture commune et exigeante garantissant une égalité réelle. Longtemps, l’école républicaine permit à certains une véritable ascension sociale, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
            Sans être une panacée idéale, le rétablissement d’un service civique obligatoire et universel – y compris, bien entendu accompli par les filles – serait plus utile que sa disparition. Le moment idéal pourrait être, pour une classe d’âge, l’année qui suit le passage du baccalauréat, d’une manière générale l’âge de 18 ans. Il serait la condition sine qua non pour poursuivre des études supérieures, suivre une formation, passer un concours d’entrée dans la fonction publique. Les dispenses devant se limiter à des raisons de santé ou de soutien de famille. Un brassage social devant obligatoirement être effectué dans les affectations.
            Concrètement, comment ce service obligatoire équivalent à une année universitaire pourrait-il s’organiser ? Par une période préalable d’environ trois mois comprenant à la fois, sous la direction de militaires, policiers, professeurs… des activités sportives en commun (rien de tel que l’effort en commun pour mieux se connaître soi et les autres), de formation de base à la défense, à la police, aux secours, au civisme[1] et aux valeurs républicaines (droits des hommes et des femmes mais aussi devoirs). Ce service pourrait également permettre d’établir un bilan générationnel sur le plan de l’alphabétisation, de l’état de santé physique et mental, de (re)faire un travail d’orientation scolaire, universitaire, de formation qualifiante. Utilisant la discipline de manière intelligente, il permettrait aux jeunes d’éprouver et de réfléchir au respect mutuel et à la vie en communauté sans communautarisme, à se préparer, aussi, aux gestes adéquats en cas d’attaque ou de danger. Au bout de cette première formation, environ sept mois pourraient être occupés différemment selon à la fois le bilan opéré et les goûts des appelés : participation à des activités de défense et/ou de police, au moment où la menace est à son maximum ; engagement au sein d’institutions, d’associations… ayant besoin de plus d’intervenants (écoles, collèges, lycées, associations de quartiers, de préservation de l’environnement, hôpitaux, services pénitentiaires, etc.) ; poursuite de formation (alphabétisation, conduite, secours, etc.).
            Cette période obligatoire de dix mois devrait être suivie d’une période de réserve obligatoire de 3 à 5 années (avec exercices divers, formation complémentaire, participation à l’encadrement des appelés, renforcement de certaines équipes selon sa formation initiale, etc.), pouvant déboucher pour ceux qui le souhaiteraient sur une période de réserve facultative.
            Que l’on ne nous dise pas que tout ceci est impossible, pour diverses raisons : ce service national d’inspiration révolutionnaire – au sens historique français –, a déjà plus ou moins existé en France, et existe, selon diverses modalités, dans différents pays du monde – réserve comprise. Surtout, que l’on ne prétexte pas de son coût financier : l’argent existe dans notre pays qui est l’un des plus riches au monde – mais la redistribution en est à revoir – et le profit social sera sans conteste plus grand que la dépense.
            (Nul doute enfin que tous les jeunes qui s’amusent à chercher à attraper des pokemons, à jouer au laser game, au paint ball ou à l’air soft, auront plaisir à pratiquer un peu d’activités militaires de base).
                       


[1] Il va sans dire que la formation au civisme des jeunes doit s’accompagner d’une réforme de la vie politique pour plus de moralisation de celle-ci (exemplarité des élus, mandats limités et non cumulables, etc.).

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