samedi 17 octobre 2015

L'étrange référendum du Parti Socialiste

Votons pour faire gagner l'unité!

Dans Le Populaire du Centre du vendredi 16 octobre, une photographie de Laurent Lafaye, responsable de la Fédération socialiste de la Haute-Vienne, "inquiet du possible score de l'extrême droite dans certaines régions", et un titre: "Un référendum contre toutes les droites". Ce qui n'est plus tout à fait la même chose (on se souvient de François Mitterrand fustigeant le F.N. mais pratiquant l'ouverture vers le centre-droit). Donc, face aux difficultés de son parti et à celles du gouvernement et du président de la République (qui bat des records d'impopularité), Jean-Christophe Cambadélis a sorti de son chapeau un référendum que les petites mains du P.S. (très vivement encouragées par courriels et appels téléphoniques) sont chargées d'aller organiser sur les places et les marchés, y compris de Limoges et du Limousin. Une question: "Face à la droite et à l'extrême droite, souhaitez-vous l'unité de la gauche et des écologistes?". La ficelle politicienne est un peu grosse. Et l'on peut légitimement se poser la question suivante: qui est responsable de la désunion actuelle de la gauche? Le P.S.? Ou ce qu'il est convenu d'appeler "la gauche de la gauche" (les Verts ne comptant pas beaucoup aujourd'hui et le spectacle qu'ils donnent n'y étant pas pour rien)? 
Certes, la désunion favorise toujours les défaites, comme ce fut le cas lors des élections municipales à Limoges en 2014. Mais le P.S. et le gouvernement ont-ils fait la moindre autocritique? La politique menée par François Hollande et Manuel Valls est-elle respectueuse du programme et des promesses de 2012? Et même les déclarations faites, par Emmanuel Macron ou le premier ministre, par exemple, sont-elles de grandes déclarations "de gauche"? (35h, statut des fonctionnaires, conflits sociaux, etc.). La réforme des collèges - très impopulaire - est-elle de gauche? La multiplication des vacataires à l'Education Nationale va-t-elle dans le bon sens? La multiplication des cars sur les routes de France est-elle écologique? La non fermeture de la centrale de Fesseinheim (Sortir du nucléaire) est-elle raisonnable? Le pacte de stabilité a-t-il favorisé les employés et les ouvriers? Où en est la grande réforme bancaire et fiscale annoncée? Etc. Autant de questions et parfois de renoncements qui ont divisé la gauche, y compris à l'intérieur du Parti Socialiste, et très vite provoqué le désamour. La déception va avoir, dès les prochaines élections et après, au moins deux conséquences: une abstention massive des électeurs habituels du P.S. (comme les enseignants) et l'inexorable progression, malheureusement, de l'extrême-droite, particulièrement chez des populations qui se sentent abandonnées, comme l'ont montré les analystes politiques et les géographes - on se souvient d'une captivante conférence à ce sujet par Philippe Grandcoing et Vincent Brousse à la Bfm de Limoges après les Départementales.  
Corinne Moriel-Darieux, co-fondatrice du Parti de Gauche, parle d'esbroufe au sujet du référendum. Elle déclare: "C'est le PS, en menant une politique d'austérité, libérale et productiviste au gouvernement, qui a divisé la gauche. Et il tenterait de se refaire une santé par un référendum pour mieux masquer ses errements ? Retraites, droit du travail, austérité, cadeaux aux lobbies et au MEDEF... Pourquoi ne demande t-il pas plutôt, par réferendum, si les Français souhaitent qu'une politique de gauche soit enfin appliquée dans notre pays !" Mais, a-t-on envie de répliquer, la réponse à cette question pourrait surprendre... Elle pourrait même être: "non". On sait combien les sondages peuvent être trompeurs (ils donnaient pratiquement Lionel Jospin président de la Rpublqiue...), mais ils ne sont actuellement guère favorables à la gauche - si ce n'est dans la grande région Aquitaine. 
Jean-Christophe Cambadélis a déjà affirmé qu'il prendrait une initiative importante au lendemain des résultats de ce référendum (dont on se demande par ailleurs comment il peut être représentatif de ce que veulent les Français...). Cette initiative sera-t-elle la même quelque soit le résultat? Dans ce cas pourquoi faire le référendum, alors? Autant passer directement à l'initiative... 
Une question pourtant primordiale est évacuée aussi par ce référendum, c'est celle du rapprochement possible entre P.S. et centre-droit - puisqu'ils ont en commun certaines valeurs, même s'ils s'en défendent (après tout, François Bayrou avait voté pour François Hollande et certaines déclarations humanistes d'Alain Juppé, en bon disciple de Montaigne, sont clairement plus proches des idées d'une gauche intelligente que du F.N.).
Il se murmure qu'une stratégie possible du président de la République pour 2017 serait de se présenter (malgré les déclarations improbables à propos de l'évolution de la courbe du chômage) pour être le candidat de toute (?) la gauche contre l'extrême-droite. Certains pensent même que ce référendum serait le premier acte de cette comédie qui, souhaitons-le, ne virera pas à la tragédie.

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