samedi 4 avril 2015

Le nouveau Conseil départemental de la Haute-Vienne présidé par Jean-Claude Leblois (P.S.)

Au centre: Jean-Claude Leblois, à droite: Alain Rodet
(document électoral: Saint-Léonard c'est vous)

S'il pourrait sembler à ceux qui ne sont pas assez attentifs que "rien ne change", puisque le Parti Socialiste, contrairement à la Creuse et la Corrèze, conserve la Haute-Vienne dans son giron, le scrutin départemental (puisqu'il n'est plus question d'élections "cantonales" et de Conseil général) qui vient d'avoir lieu est riche d'enseignements. Il s'est déroulé dans un contexte national que l'excellent Guy Konopnicki a bien résumé dans Marianne (3 au 9 avril 2015) dans un article intitulé "la gauche meurt d'insignifiance": "ayant perdu, depuis longtemps, les bases sociales qui justifiaient son existence et ses combats, la gauche contemple avec effroi sa défaite." Il faut dire que la gauche gouvernementale a effectivement considérablement déçu, elle qui disposait pourtant de la majorité presque partout en 2012, en particulier à l'Elysée, au Sénat et à l'Assemblée (c'est dire si elle disposait de tous les leviers nécessaires à la mise en oeuvre du changement promis pour "maintenant"). C'est donc la droite qui a gagné très largement les élections départementales, dans un contexte par ailleurs très favorable au F.N.

Notons pour commencer que suite au départ de Marie-Françoise Pérol-Dumont, devenue sénatrice P.S., dont on a reconnu qu'elle laissait des finances saines, c'est Jean-Claude Leblois (principal de collège à la retraite - ce qui prouve que même au P.S. - mais on le savait déjà - on n'est pas pour la retraite politique à 61 ans...) qui lui succède, la Haute-Vienne rejoignant ainsi l'immense majorité des départements dirigés par un homme. On a lu, à ce sujet, l'intéressant article de Julie Carnis dans Libération:
 Loi sur la parité oblige, on note toutefois qu'Annick Morizio est 1ère vice-présidente (et l'on se félicite aussi que Gülsen Yildirim soit la 5ème vice-présidente).

D'abord, souvenons-nous que si rien, au moment de l'élection présidentielle, ne laissait présager la réforme territoriale (et sans consultation) des régions, la suppression des départements avait été annoncée par Manuel Valls dans son discours de politique générale à l'Assemblée, pour l'horizon 2021. Devait suivre, comme l'Exécutif nous y a habitués depuis 2012, une valse-hésitation sur le sujet, dont a rendu compte le JDD:


Si l'on analyse le scrutin, on note qu'à cause du redécoupage électoral des cantons, c'est le Groupe Front de Gauche (PCF-ADS-DVG) le grand perdant des élections, qui ne détient plus que 2 cantons (au lieu de 11 auparavant): Eymoutiers et Saint-Junien - où Pierre Allard, ADS, était allié avec Sylvie Tuyéras, PCF. Cette évolution est par ailleurs conforme à l'évolution nationale. L'alternative qui a éloigné Europe Ecologie Les Verts loin du P.S. à la "gauche de la gauche" ne semble pas avoir porté ses fruits. Si les élus FdG semblent avoir accordé leurs voix au nouveau président socialiste, ils ne siégeront pas au sein de la majorité, ce qui semble cohérent.
J'avais attiré l'attention, ici-même, sur l'apparition de candidatures estampillées "Union républicaine", associant notamment radicaux de gauche et de droite.On a constaté également des candidatures se voulant "citoyennes", c'est-à-dire hors partis dans l'esprit des candidats, issues de la tentative de Stéphane Bobin de monter une liste pour les municipales de 2014 à Limoges. Les scores obtenus, bien que faibles, sont loin d'être négligeables. 
Sans nul doute, bien que n'ayant aucun élu, le Front National est un gagnant de ces élections, ce qu'il avait déjà amorcé, comme nous l'avions souligné ici-même, lors des dernières cantonales et lors des municipales. Près de 28 000 électeurs l'ont choisi lors de ce scrutin, peut-être par rejet de la politique menée par l'UMP puis le PS sur le plan national, sans doute à cause de diverses inquiétudes sociales nourries par l'exclusion (désormais bien visible géographiquement, par exemple à La Bastide) et le sentiment d'abandon - nous y reviendrons sous peu -, mais sans nul doute aussi par adhésion à des idées désormais bien affirmées et bien comprises par les électeurs ("préférence nationale", sortie de l'euro, etc.). Le fait que le candidat Jérémy Aycart ait fait l’objet d’une plainte de la part de SOS Racisme et de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) pour  avoir tenu sur les réseaux sociaux des propos incitant à la haine raciale selon les deux associations, n'a pas effarouché les électeurs F.N. (déjà habitués, par exemple, aux dérapages de Jean-Marie Le Pen, président "d'honneur" du parti). Lors d'une intéressante rencontre au Café littéraire de Limoges, intitulée "la carte & le territoire en Limousin interprétations électorales", le géographe Thierry Moreau et les historiens Vincent Brousse et Philippe Grandcoing ont proposé une analyse très fine notamment des cantons et même des bureaux ayant voté F.N., le bas de la ZUP de L'Aurence, Beaubreuil, La Bastide, les Homérides ou Beaune-les-Mines, montrant comment des habitants de pavillons et de lotissements, peuvent se sentir, sans doute, déclassés, et choisir ce vote. De même se sont-il interrogé sur l'influence sur le scrutin des questions de la carte scolaire ou du tracé de la très hypothétique LGV...
En dehors du F.N., l'autre progression notable est celle de la droite, en particulier en urbain et péri-urbain - si l'on excepte cette incongruité consternante des deux binômes ayant oublié de s'inscrire à temps pour le 2nd tour (sur twitter, Emile-Roger Lombertie, le maire UMP de Limoges, a sobrement commenté: "c'est une réalité deux événements malheureux et indépendants nous privent d'un deuxième tour sur Limoges Isle et Limoges le Palais") ! 12 élus pour le Groupe Union de la Droite (UMP UDI DVD MODEM SE), parmi lesquels des élus limougeauds, comme Sarah Gentil, Christian Hanus ou Rémy Viroulaud. Lors de la précédente mandature, la droite n'avait que 4 sièges...
Quant au Parti Socialiste, il apparaît comme le gagnant, puisqu'il dispose de 26 élus, de la majorité absolue et donc du président Leblois.On peut penser que les candidatures F.N. au deuxième tour lui ont facilité la victoire. Vincent Brousse a noté la bonne campagne du parti en milieu rural. La surprise n'est donc pas venue de la victoire, même si certains ont joué à se faire peur, mais plutôt de la candidature "surprise" de Laurent Lafaye, 1er secrétaire départemental, qui a "imposé" au lendemain du 2ème tour une primaire au sein du P.S. à Jean-Claude Leblois qui avait pourtant été le chef de file des socialistes lors de la campagne. Celui-ci ne l'aurait finalement emporté que de... 5 voix. (Néanmoins, en peu de temps, Laurent Lafaye essuie une défaite aux sénatoriales et une autre lors de ce vote).
L'abstention au 2ème tour est d'environ 44%, les votes blancs représentent 8,31 % des suffrages et les votes nuls 5,15% (source: FranceTV.info). Il est évident que ces trois pourcentages ne sont pas - loin de là - insignifiants. De même que la progression sensible de la droite et du F.N., ils sont de sérieux clignotants dont la Fédération socialiste, qui a déjà perdu la ville de Limoges (évènement que nous avons largement commenté ici-même) et un poste de sénateur, serait bien inspirée de tirer rapidement des leçons. Nul doute que le congrès à venir du P.S. pourra en être aussi l'occasion.


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