dimanche 1 mars 2015

Le mystère des statues disparues de Limoges

Le Chêne et le Roseau, d'après Jean de La Fontaine, au Jardin d'Orsay puis au Jardin de l'Evêché
Comme les autres villes, Limoges a été, est toujours, agrémentée de statues diverses et variées, de plus ou moins grande importance et signification. J'ai ici même déjà évoqué la statue de Jeanne d'Arc de Maxime Real Del Sarte, place Fournier. Il y a la Vienne et le Taurion, au Champ de Juillet (ci-dessous), et tant d'autres! Des bas-reliefs, les monuments aux morts, les sculptures de bâtiments (comme la gare des Bénédictins ou l'Hôtel-de-Ville), ou certaines au cimetière de Louyat, et même les créations contemporaines pas très belles installées aux entrées des collèges des années 1960 et 70 (qui dépendent aujourd'hui des Conseils généraux) auxquelles on préfère sans nul doute la statue de Gay-Lussac située à l'entrée de celui-ci et dont la tradition veut que l'on touche le pied droit par exemple pour réussir au bac. Il y a encore la pietà de la place Saint-Aurélien, les statues des églises et chapelles, celles protégées par diverses niches...
La place Jourdan accueille plusieurs statues dont, depuis 1963,
celles du monument aux morts de 14-18 (détails ci-dessous (c) L. Bourdelas),
qui auraient sans doute besoin d'une restauration

Place Jourdan (c) L. Bourdelas
Cimetière de Louyat (c) L. Bourdelas
Statue au-dessus de la porte d'une écurie, maison privée, quartier des Emailleurs
(c) L. Bourdelas 

Statue à l'entrée du collège Guy de Maupassant, rue du Petit Treuil
Et puis il y a les statues "disparues" pour diverses raisons. Ainsi de celles démontées par les nazis pour alimenter leurs réserves de fonte. Celles détruites pour des raisons sans doute esthétiques, comme cette fontaine horrible qui "orna" un temps la rue du Consulat (voir ci-dessous).

L'enlèvement, au profit des nazis, de la statue de Gay-Lussac,
place d'Aine (c) Paul Colmar/Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014

 Dessin paru dans la revue Analogie n° 9, avril 1987, avec le texte suivant,
extrait de l'article "Limoges au vitriol", un poil ironique à propos des années Longequeue finissantes, 
écrit par Jérôme Dugland:
"on admirera place des Bancs entre les anciennes maisons à colombages restaurées
un ouvrage cubique qui frappe l'attention: audacieuse rencontre, voire télescopage
des styles, il s'agit d'une fontaine que les limougeauds ébahis verront chaque
année se parer des splendeurs de l'hiver; ils retrouveront d'ailleurs
l'évènement célébré comme il se doit à la une de leurs quotidiens régionaux."


Et puis il y a celles enlevées dans le cadre de modification urbanistique ou d'aménagement et jamais retrouvées. Celles mises de côté en raison de leur état mais jamais revenues. Celles "oubliées" ou "disparues", enfin, mystérieusement. On pense bien entendu au Chêne et au Roseau qui aurait été déplacé au moment des travaux au Musée des Beaux-Arts de Limoges, entreposé dans un hangar mais pour l'instant non réapparu. La partie supérieure, également, du monument dédié au Dr François Chénieux, maire (de droite) de Limoges, longtemps entreposé devant l'Hôtel-de-Ville et l'ancien hôpital (le bas-relief étant dans le hall d'accueil de la nouvelle clinique Chénieux). A son sujet, certains parlent de vol.

Le monument à Chénieux (c) photothèque Paul Colmar

Un jour que mon père - qui habite à côté - demandait à un adjoint au maire pourtant féru d'histoire ce qu'était devenue la statue de Pan jouant de sa flûte qui ornait la place Maison-Dieu jusque dans les années 1970 (et que je saluais moi-même tous les matins en partant au collège), celui-ci osa lui répondre qu'il n'y en avait jamais eu! La statue occupait pourtant l'emplacement d'une fontaine en céramique de Camille Tharaud, elle-même disparue. Il faut croire que les oeuvres de Tharaud étaient recherchées, puisque ses panneaux décoratifs initialement installés dans les boiseries du hall de la gare des Bénédictins ont aussi disparu (le mobilier en bois ayant été enlevé en 1979).

Autre disparition signalée: Daphnis - fils d'Hermès et d'une nymphe, qui aurait appris à Pan à jouer de la flûte -, statue située square Pierre-Leroux au bas de la rue Turgot. Dans Le Populaire du Centre, Michel Toulet, le dynamique président de Renaissance du Vieux Limoges, a déploré, le 14 janvier 2015, d'autres disparitions, outre celles que nous citons ici: le "Tireur d'épine",  le "Peintre sur porcelaine" place Marceau, le grand Christ en croix avenue Beaudin...

On ose croire qu'il ne s'agit que de négligence, et pas d'intention... Michel Toulet - encore lui - vient de consacrer, dans le bulletin n° 72 de l'association (37 rue Adrien Tixier, 87 100 Limoges, 5 euros), un captivant article au vandalisme de 1814-1913, dont on attend avec intérêt la suite, plus contemporaine... Il y livre un document incroyable que je vous invite à découvrir par vous-même: il nous apprend que la municipalité Labussière songea un temps à démolir le pont Saint-Etienne, ce que justifia ainsi Léon Betoulle, le futur maire: "le Passé ne saurait suffire, il faut vivre avec le Présent et envisager l'Avenir!" C'est finalement François Chénieux (dont le buste a disparu...) qui accepta le classement du pont comme Monument Historique! Une idéologie "moderniste" était à l'oeuvre, qui fit encore des ravages les décennies suivantes. Mais le médaillon de Betoulle (qui vota les pleins pouvoirs à Pétain...) est bien toujours en place, face à la salle du conseil municipal.

Le monument à Léon Betoulle le jour du conseil municipal qui
vit l'élection d'Emile-Roger Lombertie au fauteuil de maire au printemps 2014
(c) L. Bourdelas

Maintenant, que faire? On attend bien évidemment de nos édiles qu'ils fassent le maximum pour savoir ce qui se trouve exactement dans les différents entrepôts et propriétés municipales de la ville - à défaut de pouvoir définir avec précision qui sont les responsables de ces disparitions. Si nous savons que Le Chêne et le Roseau a été vu il n'y pas si longtemps, ce devrait être assez facile de le retrouver! Après, il s'agira d'opérer les restaurations qui s'imposent et de montrer à nouveau aux habitants de Limoges ce patrimoine qui leur appartient. De plus, afin d'éviter que ce genre de choses déplorables se reproduisent, il serait bon qu'un inventaire sérieux des oeuvres d'arts, statues, etc. (hors musées ou Bfm) soit réalisé (certes, diverses études, comme celles liées à la Z.P.P.A.U.P. ou au plan d'urbanisme ont posé des jalons, mais il faut entreprendre un travail plus exhaustif). Bien entendu, Limoges "ville d'art et d'histoire", a tout à y gagner, toute valorisation de ce patrimoine profitant à la mise en valeur touristique de la cité.

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