dimanche 12 octobre 2014

La fin du socialisme municipal à Limoges et en Haute-Vienne confirmée par les sénatoriales



« Limoges ville rouge » (en fait ville rose), la « Rome du socialisme », selon la militante socialiste Pauline Roland, c’est fini. Je ne reviendrai pas ici sur le séculaire ancrage à gauche de la ville et du département, bien étudié par des historiens comme Philippe Grandcoing, Vincent Brousse ou Dominique Danthieux. Les dernières élections municipales ont mis fin à plus de cent ans de « socialisme municipal » et il est intéressant de commencer à faire l’analyse de cette défaite que semble amplifier les résultats d’autres élections, y compris sénatoriales. En effet, bien que souvent absente des médias nationaux, Limoges est très emblématique des problèmes actuels de la gauche et du Parti Socialiste qui semble engagé  sur la voie de sa disparition – en tout cas tel qu’il est actuellement – d’autant plus s’il est confronté à une défaite aux présidentielles de 2017. Une hypothèse que n’a d’ailleurs pas écartée Jean-Christophe Cambadélis dans certaines interviews.

Les résultats des municipales à Limoges furent vécus par beaucoup comme une déflagration : la liste UMP-centre-droit d’Emile-Roger Lombertie arrivant en tête avec 45,07 % contre 43,81 % pour la gauche (587 voix d’écart) et 11,10 % pour le F.N. L’abstention demeurant élevée à 35,79 % (et comprenant sans doute nombre d’électeurs traditionnels du P.S.). Le quotidien local Le Populaire du Centre pouvait titrer à juste tire : « une défaite historique à gauche ». L’historien Vincent Brousse analysant ainsi le vote dans Libération : « L’hypercentre se droitise, tandis que le vote frontiste s’enracine dans les quartiers populaires. Parallèlement, le PS perd du terrain dans ses zones de confort : les quartiers résidentiels. »

Bien entendu, cette défaite des socialistes dans l’un de leurs plus anciens bastions a de multiples causes, à la fois ponctuelles et plus profondes. La situation nationale (le F.N., l’U.M.P. et le Front de Gauche donnant une dimension nationale à leur campagne, s’opposant à la fois au maire sortant et à la politique menée par François Hollande) ; le fait que le maire sortant se soit lancé – pour certains – dans un « mandat de trop », d’autant plus qu’il était âgé de près de 70 ans et cumulait sa fonction d’édile avec celle de député ; la division de la gauche, le P.C.F. – Front de Gauche présentant une liste au 1er tour, attaquant durement les socialistes, alors que des communistes avaient participé aux mandatures précédentes ; celui que la liste P.S., bien qu’accueillant des Verts et quelques personnalités nouvelles, ne soit guère renouvelée ; une forme de crispation du P.S. local, illustrée notamment par l’éviction avec fracas deux ans plus tôt de l’ancienne députée Monique Boulestin et de ses soutiens – crispation qui a d’ailleurs créé des problèmes aux socialistes dans d’autres villes de la Haute-Vienne ; le fait encore que certains « dossiers » aient nui aux relations avec la gauche du P.S. comme celui de la Ligne à Grande Vitesse Limoges-Paris ou d’un nouveau stade ; ou bien encore le dépérissement sensible du centre-ville déploré par certains ; la ghettoïsation parfois communautariste de certains quartiers pauvres et concentrant des populations immigrées. Le fait, enfin, et peut-être surtout, que l’ancrage traditionnel à gauche de la ville, longtemps considéré comme faisant partie de l’identité même de celle-ci, n’était plus une nécessité pour les nouvelles populations. Toujours est-il que, pour ces diverses raisons et d’autres, ce bastion de la gauche depuis plus d’un siècle a basculé à droite et qu’Emile-Roger Lombertie, psychiatre, est devenu le maire de Limoges et a commencé à appliquer des mesures de droite (mâtinées d’habiles clins d’œil comme le fait de baptiser un pont du nom de Georges Guingouin, le « libérateur » communiste de Limoges en 1944). Et le F.N. a demandé et obtenu la création d’une commission de « surveillance et d’analyse » (selon ses termes) des associations de la Ville (qu’il juge « très nombreuses »), ainsi que la présidence de celle-ci.

Les élections sénatoriales en Haute-Vienne ont, d’une certaine manière, confirmé cette évolution. Si les deux précédents sénateurs étaient socialistes (un psychodrame les a d’ailleurs opposés à la fin de leur mandat), un nouveau « coup de théâtre »  a eu lieu : en effet, si, fort logiquement dans ce type d’élection, Marie-Françoise Pérol-Dumont, la présidente socialiste du Conseil général a été élue (au 2ème tour), Laurent Lafaye, le jeune secrétaire fédéral du P.S., a été battu par un tandem inattendu : l’U.D.I. Jean-Marc Gabouty, radical, étant élu avec l’aide de sa suppléante Monique Boulestin, ex-P.S. évincée à l’occasion des dernières législatives, désormais radicale de gauche – une « union radicale » finalement pas si contre-productive ! Quant au F.N., il a une nouvelle fois très nettement progressé : le secrétaire de la fédération de la Haute-Vienne pouvait espérer 10 voix de grands électeurs, il en a comptabilisé 30 au premier tour et 24 au second. Le Front de Gauche a également obtenu un excellent score.

Comme partout ailleurs en France, il est évident que le Parti Socialiste haut-viennois doit faire son aggiornamento, s’il ne veut pas demeurer durablement dans l’opposition municipale ou perdre une partie de ses sièges de parlementaires dans les prochaines années. Sans doute devrait-il écouter ses militants et plus largement la population. Sans doute faudrait-il aussi qu’il se trouve de nouveaux leaders faisant entendre leur voix non seulement localement, mais aussi nationalement et même en Europe.

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