lundi 31 mars 2014

La victoire historique de la droite à Limoges

Centre-ville de Limoges et lignes de trolleys
 
Les élections municipales de 2014 ont été sources de surprises à Limoges – à commencer par celle de l’alternance à droite. En effet, le député-maire Alain Rodet, en place depuis 1990, a décidé de se représenter à la tête d’une liste accueillant socialistes, « personnalités », écologistes et radicaux de gauche, somme toute assez peu renouvelée. Rompant avec l’union de la gauche dès le 1er tour, le Front de Gauche – Parti Communiste Français a décidé de présenter une liste autonome, avec Gilbert Bernard, attaquant durement la politique du maire sortant alors que les communistes avaient participé à la mandature précédente (certains restèrent d’ailleurs sur la liste d’Alain Rodet). Autre surprise à droite : les centristes du MODEM et de l’UDI, conduits par Pierre Coinaud, se présentèrent sur une liste indépendante de celle de l’UMP, amenée quant à elle par Roger-Emile Lombertie et notamment le jeune Guillaume Guérin, président départemental du parti. Deux autres listes extrémistes se présentaient également : celle de Lutte Ouvrière (Elisabeth Faucon) et celle du Front National, dont le leader Vincent Gérard avait été condamné peu de temps auparavant à quatre mois de prison avec sursis pour violences avec arme. Si beaucoup pensaient qu’Alain Rodet devrait affronter un deuxième tour, peu imaginaient le faible score qu’il allait obtenir au premier : à peine plus de 30% (pour une abstention de 39,5 %). L’UMP obtenant la seconde place (23,80%), et le Front National frôlant les 17% - autre résultat historique. Derrière, centristes et Front de Gauche n’avaient pas à rougir. Tandis que le parti d’extrême-droite se maintenait au deuxième tour, le Front de Gauche fusionna du bout des lèvres avec la liste d’Alain Rodet, chacun comprenant son manque de motivation (le meeting initialement prévu n’ayant pas lieu), alors que la liste centre-droit fusionnait avec celle de l’UMP. Les résultats furent vécus par beaucoup comme une déflagration : la liste UMP-centre-droit d’Emile-Roger Lombertie arrivant en tête avec 45,07 % contre 43,81 % pour la gauche (587 voix d’écart) et 11,10 % pour le F.N dont certains électeurs ont manifestement fait le choix de la droite républicaine. L’abstention demeurant élevée à 35,79 %. Le quotidien local Le Populaire du Centre pouvait titrer à juste tire : « une défaite historique à gauche ». L’historien Vincent Brousse analysant ainsi le vote dans Libération : « L’hypercentre se droitise, tandis que le vote frontiste s’enracine dans les quartiers populaires. Parallèlement, le PS perd du terrain dans ses zones de confort : les quartiers résidentiels. » Malgré un bilan somme toute assez satisfaisant, d’autres raisons plus politiques ont sans doute joué dans la défaite de la gauche, en dehors de la situation nationale (même si le F.N., l’U.M.P. et le Front de Gauche ont donné une dimension nationale à leur campagne, s’opposant à la fois au maire sortant et à la politique menée par le président François Hollande) : le fait que le maire sortant se soit lancé – pour certains – dans un « mandat de trop », d’autant plus qu’il était âgé de près de 70 ans et cumulait sa fonction d’édile avec celle de député ; celui que sa liste, bien qu’accueillant des Verts et quelques personnalités nouvelles, ne soit guère renouvelée ; une forme de crispation du P.S. local, illustrée notamment par l’éviction avec fracas deux ans plus tôt de l’ancienne députée Monique Boulestin et de ses soutiens – crispation qui a d’ailleurs créé des problèmes aux socialistes dans d’autres villes de la Haute-Vienne (la création post municipales d'un compte twitter attaquant l'ancienne députée augure mal d'une remise en question pourtant salutaire) ; le fait encore que certains « dossiers » aient nui aux relations avec la gauche du P.S. comme celui de la Ligne à Grande Vitesse Limoges-Paris ou du nouveau stade ; ou bien encore le dépérissement sensible du centre-ville déploré par certains ; le fait, enfin, que l’ancrage traditionnel à gauche de la ville, longtemps considéré comme faisant partie de l’identité même de celle-ci, n’était plus une nécessité pour les nouvelles populations. D'autres enfin parlent d'un triumvirat d'élus du département qui auraient contribué à la défaite... un(e) ancien(ne) adjoint(e) sortant parlant d'un P.S. local comme "un champ de ruines". Toujours est-il que, pour ces diverses raisons et d’autres, ce bastion de la gauche depuis plus d’un siècle a basculé à droite et qu’Emile-Roger Lombertie, psychiatre, est devenu le maire de Limoges en cette année 2014. 
Alain Rodet et Emile-Roger Lombertie inaugureront ce week-end ensemble "Lire à Limoges" et cela fera un an que ce blog - finalement très suivi - aura été créé. J'en reparlerai le moment venu.

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