mardi 7 janvier 2014

Carmen comme le symbole du renouveau de l’Opéra-Théâtre de Limoges



Pour commencer l’année 2014, l’Opéra-Théâtre de Limoges – dirigé par Alain Mercier – propose la superbe Carmen mise en scène par Frédéric Roels et dirigée musicalement par Robert Tuohy – désormais talentueux directeur musical associé de l’Opéra-Théâtre de Limoges et de l’Orchestre de Limoges et du Limousin, venu de l’Orchestre National de Montpellier. J’avais aimé, par le passé, le travail théâtral de la Compagnie Fievet-Paliès, jadis installée à Limoges, autour de Carmen, la nouvelle et la Carmen arabo-andalouse d’Olivier Desbordes au Festival de Saint-Céré – que je ne désespère pas de voir invité un jour en Limousin. J’ai beaucoup aimé la puissance et la sobriété de cette version dépoussiérée et fidèle à la fois de l’opéra comique de Bizet sur le livret de Meilhac et Halévy et je n’ai pas vu le temps passer, grâce à une mise en scène, une interprétation lyrique et musicale efficace et réussie, grâce aussi aux costumes de Lionel Lesire, aux décors intemporels et à la scénographie de Bruno de Lavenère, aux lumières pertinentes de Laurent Chastaingt – dont on comprend qu’il ait été trois fois nominé aux Molières.
            Interprétant la mythique séductrice gitane et sévillane, Annalisa Stroppa, mezzo-soprano, habituée des plus grandes scènes à travers le monde, chante magnifiquement, puissamment, sensuellement, ces airs universellement connus et réussit la prouesse de nous surprendre. En short court, en jupe et sandales, le corps harmonieux, elle sait en quelques gestes ou pas de danse être la cigarière provocante, la prisonnière éplorée et séduisante, la contrebandière des montagnes, mais surtout la femme libre jusqu’à la mort imaginée par Mérimée dans sa nouvelle. Elle triomphe de ce rôle exigeant pour la plus grande joie d’un public ravi. A ses côtés, les autres chanteurs – même ceux dont les rôles pourraient sembler plus secondaires – sont excellents ; en particulier, bien sur, le ténor américain Brian Jagde qui interprète Don José, amoureux jusqu’à la désertion et au crime. Belle puissance du chant masculin. Malheureusement souffrante, Karen Vourc’h, soprano Victoire de la Musique de la Révélation classique en 2009 compose une Micaëla attendrissante dans sa confrontation sans espoir avec Carmen. Thomas Dear, baryton basse, interprète Escamillo avec ce qu’il faut d’arrogance. Et tous les autres doivent ici être salués. En particulier les musiciens limougeauds et leur Chef, plein d’un talent incontestable, que l’on aimerait mieux voir dans leur fosse ; Jacques Maresch, le chef de chœur, le Chœur de l’Avant-Scène, dirigé par Catherine Pourieux et Patrick Malet – les enfants y sont charmants et tout à fait doués.
            Toute cette belle troupe réussit à donner beaucoup de vitalité à l’opéra – parfois de violence, avec la quasi tentative de viol sur Micaëla par les soldats dans une flaque d’eau, l’apparition des couteaux tranchants, le meurtre final qui rougit l’eau du sang de Carmen, comme l’annonçaient le graphisme de l’affiche et du programme. La violence même de l’amour, sujet de l’œuvre : Et si tu m’aimes, prends garde à toi !
            Le public, venu nombreux, ne s’y trompe pas qui applaudit à tout rompre et fait revenir plusieurs fois les artistes et l’équipe pour saluer sur la scène du vénérable théâtre qui fête ses 50 ans. Les spectateurs attendent aussi la Carmen dansée d’Antonio Gades. Ce feu d’artifice chatoyant symbolise le renouveau de l’Opéra-Théâtre de limoges et l’on ne peut que s’en féliciter. Que de chemin parcouru depuis les opérettes des années 70, lorsque j’apprenais la critique, adolescent, en compagnie de Jacques Ruaud, de L’Echo ! L’austère façade grise et bétonnée du bâtiment – construit à la place du beau cirque-théâtre municipal en 1963 par Pierre Sonrel – semble vouloir attirer le plus de spectateurs possible et leur crier elle-aussi « Si tu ne m’aimes pas, je t’aime ! »

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