samedi 12 octobre 2013

Pierre Mahaut: Le petit Pierre, Dico décalé de l'ordre républicain ( Solilang, 2013)

Pas étonnant que Marcel Rigout, ancien ministre, signe la préface du livre captivant et féroce de Pierre Mahaut, puisque le père de celui-ci, conseiller général et maire de Nieul, fut l'un de ses compagnons, en particulier au moment de cette aventure qui consista à quitter le parti communiste dans les années 1990. Il a raison d'écrire: "Bon sang ne saurait mentir. Faites honneur à votre bibliothèque, offrez-lui Le petit Pierre." L'ouvrage de cet ancien fonctionnaire attaché à sa région se lit avec délectation, au fil de nombreuses entrées classées par ordre alphabétique et mises en page de façon dynamique par des étudiants du Master 2 (Ecriture, typographie, édition) de l'Université de Limoges. Il faut souligner la grande qualité du style de l'auteur (qui utilise des registres variés, jusqu'à imiter celui des tweets), ce qui est la moindre des choses que l'on puisse espérer de la part de quelqu'un qui écrit des livres, mais qui est loin d'être si fréquent... Aussi reprécise-t-il régulièrement le sens des mots. C'est d'ailleurs parce que l'on connaît la définition de ceux-ci de la manière la plus exacte que l'on pense plus clairement et plus justement. Pierre Mahaut est, semble-t-il, un homme en colère: contre le capitalisme, le libéralisme, le délitement des services publics, celui, plus général, de la société, contre tous les opiums du peuple. Son constat est plein de verve et d'humour, il n'en est pas moins vrai et sa conclusion, son "terminologue" est plutôt le constat de la mort des illusions: "Le changement n'est plus possible; il y faudrait des révolutions, elles ne sont plus possibles, devenues trop chères, on ne peut plus se les payer [...] Le verouillage sociétal est total, autant culturel et idéologique que matériel et technique; le verrouillage politico-économique est parfait, sur des scènes où tout le monde tient tout le monde, qui par la barbichette, qui par la main, qui par le portefeuille, qui par les couilles. Demain sera médiocre [...] Alors c'est terminé, je ne crois plus rien des promesses de qui que ce soit, et j'essaie de répandre la mauvaise nouvelle: le côté obscur a gagné [...] La Terre se vengera. Les lendemains pleureront. Le savoir ne représente même pas un dernier espoir. Rejoins-moi, aide-moi au moins à en rire, à faire en sorte que la lucidité ait du panache."
Derrière ce constat lucide et presque désespéré d'un homme qui - comme ceux de sa et de ma génération - ont beaucoup rêvé et ont cru faire changer le monde (ce fut un slogan à gauche, avant de se convertir entièrement aux "lois du marché"), se lit en creux ce que pourrait être une société idéale: celle où le politique imposerait sa loi à l'économie - modèle que réfuta un 1er ministre socialiste tout étonné du coup d'être éliminé par le candidat du Front National. Car, n'est-ce pas, c'est cela la gauche, depuis Marx, Proudhon et d'autres: être persuadé que le politique et l'humain doivent l'emporter sur le profit. On rêverait que chaque candidat aux élections municipales (comme aux autres d'ailleurs) lise cet ouvrage si pertinent, où est critiqué le cumul des mandats ("le pompon dans cette affaire revient aux sénateurs, élus au deuxième degré par des grands électeurs (maires, conseillers généraux,...) réduits par le cumulard au rôle de mandants des enjeux importants quand lui-même se désigne mandataire des enjeux de la base. # léguignol"), où est repensée la démocratie: "L'heure est venue d'opter résolument pour un mode de désignation nouveau, donnant au moins une chance aux meilleurs - et meilleures - d'entre nous: le tirage au sort." Et ce souhait que nous devrions tous partager - qui reste encore un idéal non atteint -: "Vive les cultures ou les traditions, régionales ou nationales, mais que tous se retrouvent dans la république et en partagent les fondements, à commencer par la devise, liberté, égalité, fraternité et reconnaissent le droit et la laïcité comme des mètres étalons de l'intérêt général".

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