mardi 15 octobre 2013

Les élus limougeauds: une très vieille histoire...



              Elle remonte au Moyen Âge...

            Face à la Cité dont sont maîtres les évêques, le Château profite du rayonnement de l’abbaye et de l’essor du commerce. Surtout, ses bourgeois – burgenses ou homines castrum lemovicum – manœuvrent fort habilement et avec âpreté pour conquérir de nouveaux droits, profitant notamment des rivalités entre le vicomte de Limoges, Adémar V, qui conteste l’autorité anglaise, alors que le duché d’Aquitaine est passé sous le contrôle de l’Angleterre suite au mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt. En 1171 ( ?), d’après Geoffroy de Vigeois, le jeune Richard Cœur de Lion, nouveau duc d’Aquitaine, après une entrée processionnelle devant la foule en liesse, où il est accompagné par sa mère, reçoit à la cathédrale (« église matrice du Limousin ») la bénédiction de l’évêque de Limoges, une belle tunique de soie et une relique précieuse mais sans doute apparue pour « la cause » : l’anneau de sainte Valérie, signe d’une union mystique entre le prince et la Cité, le culte de la sainte ayant été redynamisé depuis une dizaine d’années. Suivent diverses festivités : tournois et banquets. L’Eglise limougeaude légitimant ainsi la Cité comme le lieu du couronnement ducal – Reims étant celui du sacre royal. Mais, progressivement, l’opposition entre le duc et les Limousins grandit et le Château se retrouve au cœur des affrontements. En 1183, Henri II en fait raser l’enceinte et démantèle le pont Saint-Martial pour châtier les habitants indociles. En 1199, faisant face à une coalition entre Philippe-Auguste, le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges, Richard Cœur de Lion est mortellement blessé (vraisemblablement par Pierre Basile) d’un carreau d’arbalète à Châlus-Chabrol, ce qui inspira nombre de chroniqueurs médiévaux puis Walter Scott dans Ivanhoé. Il rend son dernier souffle dans les bras de sa mère Aliénor.
            Malgré les désagréments, les bourgeois de Limoges – dont le vicomte a besoin pour assurer la défense de ses positions – se voient reconnaître des droits politiques par celui-ci et par l’abbé. De 1212 à 1260, ils établissent progressivement leurs coutumes, fixent l’organisation de leur institution consulaire – avec l’élection annuelle de huit (puis douze) consuls élus par les quartiers de la ville, assistés par le Conseil des Prud’hommes de l’Hôpital. Les consuls ont pour attributions la possession et l’entretien coûteux de l’enceinte et du guet, celui de la voierie, des aqueducs, des fontaines et des égouts, de la police, le contrôle des activités commerciales. Ils mettent aussi progressivement la main sur la justice, au détriment des seigneurs locaux. Malgré le soutien du roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt qui confirme leurs franchises, les consuls se retrouvent face à l’hostilité vicomtale qui dégénère en une guerre – dite de la Vicomté – qui dure longtemps, de 1260 à 1276, alternant les combats et les trêves, les appels au roi de France ou au Parlement. Celle-ci ravage et épuise la commune et ses alentours (les vendangeurs se joignent aux bourgeois car leurs vignes subissent des dégâts). Parmi les victimes, on compte des femmes, des enfants, des clercs ; les vicomtins – dont le siège est à Aixe – se battent à cheval, les bourgeois à pied, parfois au son de tambours et trompettes : c’est un conflit violent. Après la mort du vicomte Guy VI, c’est sa veuve Marguerite de Bourgogne qui poursuit l’affrontement, aidée par Gérard de Maumont, détesté par les bourgeois, conseiller de Philippe III, futur ambassadeur puis chapelain du pape, qui reçut le château de Châlus-Chabrol pour services rendus avant d’acquérir celui de Châlucet haut. En 1276, alors que la commune est épuisée, une sentence, confirmée un an plus tard par le roi de France Philippe III, prive les consuls et les bourgeois de nombre de leurs droits au profit de la vicomtesse.
            Il existe également un consulat dans la Cité de l’évêque, que l’on connaît mal, faute de sources. J’ai déjà montré qu’en 1307, un contrat de pariage fut signé entre le roi de France Philippe IV le Bel et l’évêque Raynaud de La Porte, à l’occasion d’un conflit entre les consuls de la Cité et ceux de Saint-Léonard-de-Noblat et l’évêque : celui-ci prive les bourgeois de tout droit sur la justice des villes, mais permet au souverain d’en récupérer la moitié et de faire habilement progresser son influence.
            C’est la guerre de Cent Ans qui permet finalement aux consuls de Limoges de faire à nouveau reconnaître leurs pouvoirs, par Edouard III d’Angleterre, d’abord – suite au Traité de Brétigny qui place Limoges sous souveraineté anglaise en 1365 –  puis, suite à leur ralliement, par Charles V de France en 1371. Ils redeviennent ainsi les maîtres de leur ville, jusqu’au règne de Louis XI qui l’amoindrira au profit de la Couronne et de ses officiers. Les charges consulaires se transmettent de génération en génération, comme la richesse économique ; en sont écartés le peuple et les bourgeois modestes.

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