mardi 24 septembre 2013

Augustoritum: désenfouir pour la mise en valeur ou enfouir pour la protection?

 Maquette d'Augustoritum d'après les travaux de J.P. Loustaud (Ministère de la Culture)

Ceux qui s'intéressent à Augustoritum doivent lire les ouvrages de l'archéologue Jean-Pierre Loustaud:


LOUSTAUD J.P., Limoges gallo-romain, Ville de Limoges/Renaissance du Vieux Limoges, 1980.
LOUSTAUD J.P., Limoges antique, Travaux d’Archéologie Limousine, supplément 5, 2000.

Ceux qui ne l'ont pas fait découvriront que notre cité fut, avec ses villas et ses monuments, très prospère, vaste et belle. Une visite dans les salles consacrées à l'Antiquité au Musée des Beaux-Arts rénové permet de s'en rendre compte: il ne faut pas en faire l'économie! L'Express du 28 août lui a consacré un dossier régional, n'hésitant pas - à juste raison - d'évoquer "une petite Rome", avec son amphithéâtre plus grand que celui de Nîmes ou d'Arles, son immense forum ou des demeures de notables les plus grandes de Gaule, pour ne citer que ses exemples. 
Le journaliste Etienne Thierry-Aymé qui propose un circuit "à la recherche d'Augustoritum" intéressant pose une question pertinente: "pourquoi si peu de traces?". Car peu de gens non au fait de cette histoire - limougeauds ou touristes - savent combien le patrimoine gallo-romain de la ville est riche mais enfoui. Dans L'Express, Martine Fabioux, conservateur régional de l'archéologie à la DRAC, observe que "préserver des vestiges ne va pas forcément de pair avec leur présentation. Pour les exposer, encore doivent-ils être lisibles par le grand public. Et cela coûte cher." L'actuelle municipalité rejoint ce constat et note que l'enfouissement est aussi une protection. Ainsi en 1998, celle-ci et la DRAC ont-elles décidé de réenfouir les ruines du grand amphithéâtre au Jardin d'Orsay... En revanche, on peut admirer dans l'atrium de la Bfm une grande mosaïque (emblema du lion). On avait rêvé, au moment de la construction de cette médiathèque, que les vestiges découverts au moment de la destruction de l'ancien hôpital où elle a été édifiée, seraient mis en valeur in situ - par exemple en sous-sol. On espère que la maison à l'Opus sectile, sise entre la galerie des Hospices et la Faculté de droit le sera un jour. On attend avec impatience les fouilles sur le site de l'ancienne clinique Chénieux. C'est, bien entendu, une question de finances publiques - et l'on sait que la période est difficile pour toutes les collectivités locales et pour l'Etat dont le budget en faveur de la culture n'est pas celui qui augmente le plus... Dans L'Express, l'archéologue Christophe Maniquet regrette qu' "au vu des vestiges exceptionnels exhumés de la ville antique, on n'ait rien su conserver". Quant à Michel Toulet, président de Renaissance du Vieux Limoges, il regrette qu'à Limoges, "on enterre tout!". Lors du récent anniversaire de son association, le 1er adjoint au Maire de Limoges, Bernard Vareille, professeur agrégé de droit, a réaffirmé à la fois son souci du patrimoine et celui de l'équilibre des finances municipales, ce que l'on peut comprendre. Il s'agit aussi d'un choix dans l'arbitrage des dépenses de la Ville. On peut penser qu'après avoir mené et réussi la démarche pour obtenir le label "Ville d'art et d'histoire" (ô combien mérité!), celle-ci pourrait planifier, sur plusieurs années, la mise en valeur progressive de certains sites ou d'aspects de ceux-ci, ce qui ne pourrait que plaire aux touristes si nécessaires à notre économie. 

"Bonus": on lira avec intérêt l'ouvrage d'Alix Barbet.

Les Cités enfouies du Vésuve (Editions Fayard)

Fouillée depuis deux siècles et demi, Pompéi n'en finit pas de faire rêver par les merveilles qu'elle recèle. Édifices publics et religieux, nécropoles, villas de prestige, commerces, peintures, mosaïques, statues, simples objets de la vie quotidienne subjuguent et passionnent le visiteur. De leur côté, les archéologues ne cessent d'approfondir leurs connaissances, lesquelles nourrissent la réflexion des historiens. Non loin de là, Herculanum et Stabies, Boscoreale et Oplontis - elles aussi enfouies par l'éruption du Vésuve en 79 - et Baïes, qui a connu un sort plus heureux, possèdent également de magnifiques vestiges. Moins explorées, elles sont malheureusement méconnues (tout comme le Musée national archéologique de Naples où est conservé l'essentiel des oeuvres exhumées). Chacun de ces sites a son atmosphère propre et offre un éclairage particulier sur la civilisation romaine.
Mais il faut une longue patience pour se pénétrer du génie de ces lieux. Archéologue de terrain (elle est spécialiste de la peinture romaine), Alix Barbet hante les cités du Vésuve depuis des décennies. Nul mieux qu'elle ne pouvait convier le néophyte à les découvrir et le guider au long d'un véritable parcours initiatique qui le mène certes vers les monuments les plus fameux (forum, villa des Mystères, thermes...) mais aussi dans l'intimité des occupants de demeures plus humbles. Son regard se conjugue avec celui du grand photographe Stéphane Compoint, qui excelle dans le reportage archéologique, pour nous livrer une somptueuse série d'images réalisées spécialement pour cet ouvrage.
Tous deux nous montrent les cités enfouies du Vésuve comme on ne les avait jamais vues.

Alix Barbet, directeur de recherche au CNRS, a créé le Centre d'études des peintures murales romaines de Paris-Soissons. Ses travaux portent aussi bien sur les nécropoles du nord de la Jordanie que sur les villes romaines de Bolsena, Pompeï, Herculanum et Stabies, sans oublier la Gaule romaine.
Photographe à l'agence Sygma, Stéphane Compoint a effectué de nombreux reportages sur des sites antiques et des monuments historiques célèbres - en dernier lieu Alexandrie et le château de Versailles.

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