mercredi 5 juin 2013

Et si "Emailleurs contemporains" (Culture & Patrimoine en Limousin) était aussi un livre "politique"?

L'ouvrage essentiel de Simone Christel - ponctué de très beaux documents et témoignages d'émailleurs et anciens animateurs et permanents de la Biennale - est une présentation précieuse des émailleurs novateurs et créateurs de la deuxième moitié du 20ème siècle (jusqu'à aujourd'hui) mais aussi des responsables des diverses biennales internationales, à commencer par son créateur: le peintre, émailleur, décorateur et galeriste Georges Magadoux (suivi par Gérard Malabre et Michel Kiener). 
Il est préfacé par Robert Savy, le président honoraire de la Région Limousin, qui fit tant pour dynamiser le Limousin. Il y livre un témoignage important: "l'émail a un avenir à Limoges. Sa pérennité est une exigence de notre histoire et de notre identité (...) notre temps, que guettent les dangers du virtuel et de l'éphémère, a besoin de l'émail: il est la synthèse précieuse de ce que la main et l'esprit de l'homme peuvent réaliser avec la matière et le feu."
Le message de ce beau livre est que l'émail limousin n'a cessé de vivre, disparaître et renaître: au Moyen Age, à la Renaissance, au cours du siècle 1840-1940... avec Camille Fauré, puis le délicat et attachant Léon Jouhaud, fils d'orfèvre, médecin devenu émailleur (1874-1950). Il montre que dans les temps gris, sombres, de l'Occupation, l'Ecole d'arts décoratifs de Limoges fut un lieu de rencontres et de création, suscitant de nombreuses vocations. On y croisait le photographe Izis, le poète et futur écrivain Bob Giraud, la poète-paysanne Marcelle Delpastre, le futur mime Marceau, René Rougerie, et de futurs émailleurs comme Christian Christel, Roger Duban ou Boris Weisbrot. Simone Christel montre bien comment les "novateurs" révolutionnèrent l'art de l'émail en Limousin pour lui faire vivre l'une de ses renaissances. Comment, ensuite, les Biennales (dont le centre névralgique était la chapelle du Lycée Gay-Lussac...) furent l'occasion de rencontres, d'échanges, des émailleurs du monde entier (jusqu'à la Chine et autres antipodes) et, plus largement, de créateurs, designers... une volonté d'ouverture souhaitée par tous, en particulier Michel Kiener, alors adjoint de Louis Longequeue, sénateur-maire de Limoges (qui était déjà en train de créer l'Ensemble baroque de Limoges, en plus de son métier de professeur d'histoire au Lycée Gay-Lussac!). On peut lire avec intérêt son texte intitulé "Pour un émail vivant", propos comme toujours franc et intéressant. Il y écrit ce dont j'ai toujours été persuadé et qui reste d'actualité - comme ce blog tente de le montrer -: "Ma conviction était qu'une partie de l'avenir de Limoges passait par la carte de la culture. Cette ville d'art et d'histoire sans le titre devait être un foyer de création vivant. Devenu adjoint au maire en avril 1983, je tentai d'apporter ma pierre au projet." Avec les témoignages biographiques et artistiques captivants des émailleurs eux-mêmes, divers dans leur inspiration et leurs objectifs, on prend aussi plaisir à lire le texte de Marie-Noëlle Robert (que j'appréciais beaucoup comme permanente de la Biennale) et Philippe Rousseau, qui prouvent, si besoin en était, combien cet évènement était ambitieux. 
Mais la Biennale a disparu, pour diverses raisons vaguement évoquées dans le livre, voici vingt ans. Il a fallu attendre 2007 et la naissance de la Maison de l'Email, boulevard de la Corderie, pour que s'esquisse un (modeste) renouveau et qu'apparaissent de nouveaux jeunes créateurs talentueux, malgré les difficultés de cette profession. Pourtant, l'intérêt des Limougeauds (et des Limousins) pour les Arts décoratifs n'a pas disparu: le succès des expositions des vases Fauré (Galerie des Hospices) ou autour de Suzanne Lalique (Musée des Beaux Arts de Limoges) en attestent. Alors? Si l'on croyait Robert Savy? Si, à la veille du triste anniversaire de la disparition de la Biennale, qui coïncidera avec les élections municipales, une initiative forte était prise? La chapelle Gay-Lussac est toujours là, la Galerie des Hospices est justement hospitalière, la Bfm également... des partenariats sont possibles... des créateurs sont prêts... ainsi que bien des femmes et des hommes de bonne volonté (j'en serais volontiers!). Cette renaissance ne pourrait que bénéficier à notre ville, dont le label d'art et d'histoire est désormais officiel. Alors?

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