samedi 6 avril 2013

Enfin ! Saluer Georges-Emmanuel Clancier en ses terres



Le 25 mars a eu lieu à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges le vernissage de la première exposition d’envergure consacrée à l’écrivain en ses terres[1] : une exposition où était présent celui qui avait adapté Le Pain noir pour la télévision : Serge Moati.

            Il était temps ! En 2014, l’écrivain et le poète de grand talent aura… cent ans ! Grand temps, donc, pour que sa ville natale lui rende un vrai et grand hommage.  En 2001, dans un essai que j’avais intitulé Plaidoyer pour un limogeage, je m’étais demandé : « Comment le pays qui a vu naître la poésie lyrique a-t-il pu oublier et mépriser à ce point ses poètes contemporains, Clancier, exilé à Paris, plus connu pour son Pain noir que pour ses poèmes, Rouffanche, Prix Mallarmé salué par les plus grands… » – j’y ajoutai alors Marcelle Delpastre, Lacouchie, Thuillat, Blot et Courtaud (aujourd’hui disparu). Certes, en 2005, le Centre régional du livre en Limousin lui avait organisé une belle « Carte blanche » en ses terres, mais rien de marquant à Limoges, et singulièrement à la Bibliothèque qui avait pourtant, dès son ouverture, rendu hommage à l’éditeur limousin de Clancier : René Rougerie.
            Pourtant, à la fois dans son œuvre littéraire et poétique, Georges-Emmanuel Clancier est sans doute celui qui – héritier de la poésie lyrique limousine médiévale – a le mieux chanté le Limousin et Limoges. Une poésie ancrée en partie dans une terre âpre et belle, mais une poésie ouverte sur l’universel (en cela, il est rejoint par l’autre grand poète limousin du XXème siècle, Prix Mallarmé : Joseph Rouffanche, également publié par René Rougerie). Plus que Le pain noir, saga familiale, sociale et politique, adapté en téléfilm en 1974, c’est bien cette poésie (publiée chez Gallimard), qui tente d’exprimer au mieux l’indicible du Limousin, son univers minéral et végétal, son héritage à la fois paysan et ouvrier (la porcelaine…), ses blessures (Oradour) – univers auquel vient bien sûr s’ajouter le reste du monde, le chant de la femme, et le travail sur « l’ardente mélancolie ».
            Clancier, dernière figure de la littérature de Résistance, ancien membre du Comité de la revue Fontaine qui, de 1942 à 1944, recueillit et transmit clandestinement à Alger les textes des écrivains de la Résistance en France occupée. Permanence limousine de la poésie, permanence limousine du Refus des injustices. Limousin, « pays de douceur et de majesté» pour Clancier, parti vivre, travailler et écrire à Paris. Le 8 novembre 2003, Clancier avait rendu hommage à sa ville dans Libération, en écrivant « A la bonne occitanette » et la même année, il m’avait fait la joie d’accompagner mon exposition de textes et photographies sur la rue d’enfance que nous avons en partage à Limoges, à quelques décennies d’intervalle : « Route d’Ambazac » pour lui, « Rue Aristide Briand » pour moi, longée par les voies du chemin de fer qui a contribué aussi, avec sa gare des Bénédictins et ses cheminots, à forger l’identité de la ville, « plurielle » selon lui.
            Je suggère aux édiles reconnaissants de prolonger l’hommage en donnant le nom de Georges-Emmanuel Clancier à cette médiathèque qui l'a accueilli, afin de lui conférer, pour reprendre le titre d’un autre de ses romans, L’éternité plus un jour.


[1] « Georges-Emmanuel Clancier, passager du temps », du 26 mars au 11 mai 2013. Le jeudi 11 avril, de 9h à 18h (Salle de conférences) : « Le Limousin et ses horizons dans l’œuvre de Georges-Emmanuel Clancier ».
Journée d’étude organisée en partenariat avec l’Université de Limoges.

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